Innovation et compétences - SYNNOV

Innovation et compétences : réconcilier l’entreprise et l’enseignement

Le SYNNOV, syndicat de l’innovation, a organisé la première édition de ses « dîners de l’innovation », au Sénat, le 6 mars 2018. Les échanges ont porté sur la dynamique de l’innovation, les rapports entre le monde de l’entreprise et le monde académique, ainsi que sur l’évolution des compétences.

Quelle dynamique de l’innovation ?

La période actuelle se caractérise par un foisonnement d’innovations, de start-up et de financements. Pour Franck Gryson, Président de Business Index, « la bonne alchimie de l’innovation, c’est d’associer de la créativité, de l’ingéniosité et de l’entrepreneuriat. » En évitant, si possible, le carcan de réglementations trop contraignantes susceptibles de freiner cette dynamique positive de l’innovation. Philippe Adnot, Sénateur de l’Aube, reconnaît que « c’est lorsque l’on conquiert des parts de marché que l’on crée de l’emploi, pas avec des solutions administratives ! » Ainsi que par une approche qui privilégie le « Test and Learn » pour innover. « On affirme souvent que la France ne tolère pas l’échec mais c’est de moins en moins vrai« , avance Bernard Hodac, Président et fondateur d’Osmos Group et Président du SYNNOV.

Il convient, toutefois, de prendre garde à ne pas se focaliser sur les seules start-up pour tirer l’innovation. D’autant que les mécanismes de financement incitent certains dirigeants de start-up à se tromper de cible, comme le met en exergue Serge Delpla, CEO de NeoXam, éditeur de solutions logicielles pour le secteur financier : « L’abondance de capitaux a tendance à pervertir l’écosystème des start-up, car cela conduit certains dirigeants à rechercher des fonds au lieu de conquérir des clients. Pour qu’une innovation soit profitable, il est indispensable qu’elle rencontre son marché. Il y a un prisme français qui pose que c’est l’ingénieur crée l’innovation mais, en réalité, il est au service de l’innovation, qui vient du marketing. » Pour Bernard Hodac, lui aussi entrepreneur, « les marchés, c’est comme la terre, il faut les labourer. »

« Certes, il faut encourager la création de start-up mais ne pas tout baser sur les start-up, en prenant garde, notamment, à ne pas financer trop d’innovations transférables…. Pour les autres !« , affirme Philippe Adnot, pour qui « tout ne viendra pas des start-up, il faut aussi que les grandes entreprises innovent. » Heureusement, elles le font : « Avec l’entreprise étendue, les organisations créent des structures d’investissements pour créer une dynamique positive« , confirme Pierre Breesé, Président de IP Trust et expert en propriété intellectuelle.

Cependant, il subsiste toujours un fossé culturel entre les grandes entreprises et les start-up, malgré le fait que, comme le souligne Jean-Michel Adelaide, Directeur Consulting Services chez Matis, « le trait commun entre les grands groupes et les start-up, ce sont les écoles de commerce et d’ingénieurs, cela n’a pas évolué depuis des années. » Cela pose quand même la question fondamentale des relations et de l’alignement entres le monde de l’entreprise et le monde académique.

Comment combler le fossé entre l’entreprise et monde académique ?

Le monde académique comprend-il vraiment ce qu’est l’entreprise, comment elle fonctionne et quels sont les facteurs de création de richesse ? Ce n’est pas certain… « Le monde académique est peu en pointe sur les sujets d’entreprise« , affirme Bastien Kompf, Président de Cominsights et Délégué Général du SYNNOV. Un diagnostic confirmé par Bernard Hodac : « C’est vrai que l’entreprise fait encore beaucoup débat : pour le corps enseignant, l’entreprise représente encore une fiction grammaticale« . « Beaucoup d’enseignants critiquent l’entreprise, même dans des cursus de master 2« , confirme et déplore Jean-Pierre Scandella, gérant et fondateur d’Arrowman Executive Search. Un point de vue également partagé par Serge Delpla, pour qui « pendant longtemps, l’école a nié l’entreprise, alors que c’est elle qui crée la richesse économique ; il faut faire aimer l’entreprise dès le lycée« , afin de s’attaquer au « problème de culture de l’entreprise pour les plus jeunes générations », insiste Serge Delpla.

Toutefois, Pierre Koch, directeur de l’Université Technologique de Troyes, nuance ce constat : « Les étudiants ne sont nullement déroutés par l’inconnu et l’incertitude, mais, dans la mesure où ils trouvent facilement un emploi, avant même leur sortie de l’université pour la plupart, ils créent peu de start-up et s’orientent plutôt dans les entreprises industrielles ou le consulting. »

Que faire ? Plusieurs pistes ont été évoquées. D’abord, suggère Marie-Jo Villegas, directrice du département Sciences de la Vie chez Arrowman Executive Search « insuffler la curiosité et l’enthousiasme chez les plus jeunes générations« . Ensuite, note Fadwa Sube, Présidente d’Optiva Capital et vice-Présidente du SYNNOV, « il faut travailler sur l’ingénierie pédagogique dans le monde académique. »

Autre recommandation : renforcer les relations entre les entreprises et le monde académique : « Il convient que l’enseignement supérieur pense plus à la professionnalisation de ses étudiants et, par ailleurs, les établissements d’enseignement gagneraient à faire visiter leurs laboratoires par les entreprises, de manière à ce que la collaboration s’intensifie« , propose Philippe Adnot. Le modèle des universités technologiques est, à cet égard, vertueux. « Il est dommage que le modèle des universités de technologie ne soit pas dupliqué aux écoles de commerce. Le modèle français, c’est le concours, alors que le modèle des universités de technologies, c’est la capacité à apprendre« , estime Serge Delpla. Bernard Hodac pense, pour sa part, que « l’enseignement n’est pas le point faible, le point faible c’est l’encouragement à l’initiative« .

Vers une reconfiguration des compétences et des modes de management

Il n’y a pas que l’alignement entre le monde de l’entreprise et le monde académique qui pose question. Il y a également l’adéquation des compétences. Pour Jean-Pierre Scandella, « nous sommes dans une période foisonnante en innovations, mais le management des ressources humaines reste très en retard. En matière de recrutement, les entreprises veulent innover, parlent de technologies, de financement, mais très peu de ressources humaines« . D’où un paradoxe : la période est riche en innovations mais il est difficile de recruter. Ainsi, « il y a beaucoup de financement, y compris d’argent public, mais de nombreuses start-up ne disposent pas de CTO« , déplore Jean-Pierre Scandella. C’est un problème qui va bien au-delà d’éventuelles difficultés conjoncturelles : « Le problème est qu’on continue de s’arc-bouter sur les formations à forte dominante mathématiques, alors que l’on a davantage besoin de profils qui s’adaptent au monde réel, avec des dirigeants qui ne sont pas nécessairement des purs ingénieurs« . Une difficulté à recruter qui traduit également les difficultés de formation dans les entreprises pour reconfigurer les compétences existantes.

Qu’il s’agisse d’innover davantage, de rapprocher les entreprises et l’enseignement ou de reconfigurer les compétences pour adresser au mieux les enjeux de l’innovation, « le sujet le plus compliqué reste de passer de l’information à l’action« , conclut Bernard Hodac.

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