Innovation Responsable – Interview de Mélanie Marcel

Mélanie Marcel, Ingénieur spécialisée en physique des ondes et neurosciences, Mélanie est la fondatrice et directrice de SoScience, 1ère entreprise européenne spécialisée en recherche et innovation responsable. Mélanie est experte pour la Commission Européenne sur ce sujet, Ashoka Changemaker depuis 2014 et co-auteure de « Science et impact social: vers une innovation responsable » publié aux éditions Diateino.

 

Le concept d’innovation responsable est une véritable révolution de la pensée scientifique et environnementale. Est-ce ce phénomène que vous abordez dans votre livre ?

En écrivant ce livre, nous avons avant tout eu la volonté de nous adresser à tous les acteurs de ce mouvement que vous appelez « révolution ».

 

Et quels sont-ils ?

Je prends souvent comme exemple la société française Tarkett qui a une politique RSE très efficiente. Cependant, l’objectif d’une politique d’innovation responsable n’est pas de limiter les impacts négatifs d’une production par exemple, mais plutôt de créer des impacts positifs. Dans ce sens Tarkett a décidé de s’attaquer au problème des chutes chez les personnes âgées. La première cause de décès chez les plus de 65 ans sont les chutes. Tarkett a développé un revêtement connecté appelé « floor in motion » qui repère les chutes et prévient les secours ou les proches de la personne âgée. Tout le monde peut répondre aux problèmes de santé publique et s’intéresser aux enjeux sociétaux. C’est justement cela qui est intéressant. L’innovation responsable concerne tout le monde : institutions, entreprises, entrepreneurs sociaux, associations, citoyens, tous les organismes qui utilisent la science et ses applications. Ce que nous avons voulu dire à tous ces acteurs dans ce livre, c’est qu’ils forment un tout.

 

Pensez-vous que la politique RSE qui n’est pas toujours prioritaire dans une entreprise peut aujourd’hui le devenir ? Et si oui, comment ?  

Cette nouvelle approche de la recherche et de l’innovation est une approche positive et ambitieuse. L’idée est de faire comprendre aux entreprises qu’elles ont un cœur de métier et que c’est leur cœur de métier qu’elles doivent mobiliser en matière d’innovation responsable. Cela a deux vertus : transformer la démarche en générateur de revenus et assurer le budget RSE en le rendant, non pas seulement prioritaire, mais surtout stratégique.

 

Quelles sont les entreprises qui se lancent dans l’innovation responsable ?

Il y a les grands groupes, certes, qui ont les moyens d’investir, mais il y de nombreux exemples de jeunes entreprises qui ne se développent que sur ce modèle, dont c’est à proprement parler : la raison d’être. Aux USA par exemple, la société HAMPTON CREEK a décidé de développer des produits alimentaires sans œufs, issus d’une politique industrielle traumatisante pour les animaux et peu écologique. En remplaçant les œufs par des produits végétaux, HAMPTON CREEK a créé une mayonnaise moins grasse, moins chère et meilleure pour la santé.

 

Que dites-vous à ceux qui sont inquiets des avancées technologiques qui se feraient sans éthique, sans limites, à une vitesse de plus en plus folle ?

Petite, j’aimais déjà les sciences et je rêvais d’inventer des choses formidables, un vaccin contre le SIDA et bien d’autres choses. J’ai eu un parcours classique et j’ai été amenée à travailler dans une entreprise japonaise sur les liens entre les machines et le cerveau, avec au bout, des applications qui pourraient être formidables pour des malades atteints de maladies comme Parkinson ou Alzheimer ; mais j’ai compris que ce que je faisais pourrait aussi bien servir à nous greffer des téléphones portables dans le cerveau. En fait, je me mettais au service d’un projet dont je ne comprenais ni ne maîtrisais le sens. Je me suis dit que je voulais récupérer mon pouvoir de choisir ce sur quoi mes compétences étaient utilisées. En tant que citoyenne, je pense que la science n’est ni bonne ni mauvaise. Le sujet est plutôt de savoir si les avancées scientifiques sont mises au service du progrès.

Je pense aussi que l’on parle beaucoup du numérique, mais que le numérique n’est que l’arbre qui cache la forêt. Ce qu’il faut donc c’est parler, générer des débats sur ces sujets, s’en emparer et ne pas en avoir peur.

 

Donc si vous aviez un message à nous faire passer…

Je dirais : engagez-vous, mettez-vous en mouvement, en action. Cette question n’est pas que celle du scientifique ou du chercheur, mais bien la responsabilité de chaque citoyen. Ce livre n’est qu’une introduction, une invitation, un début de discussion.

 

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