Rencontre avec Bernard Hodac, Fondateur de OSMOS Group

Pour inaugurer un nouveau format de rencontres au Synnov, nous nous sommes réunis le 16 février 2015 chez l’agence Josiane, dirigée par Laurent Allias.

Face au Centre Pompidou, nos quinze participants se sont retrouvés à 20 heures pour échanger à batôns rompus sur leurs parcours d’innovateurs, mais aussi sur leur vision et leur définition de l’innovation. Laurent Allias, Victor Alonso, Ahcène Amrouz, Bastien Brunis, Catherine Diemer, Louis Eudes, Annabelle Grelier, Georges-Axel Jaloyan, Romain Geiss, Philippe Romano, Alice Bastick-Ruiz, Jean-Pierre Scandella, Jean-Baptiste Semerdjian, Maxime Verner, Juliette Viollet étaient présents.

Bernard Hodac est revenu sur son parcours d’innovateur et la vision de son entreprise, Osmos. Lorsqu’il part étudier le violon à Duisbourg, cet amateur de Bach n’imagine pas qu’il y trouvera sa voie dans l’entrepreneuriat et l’innovation. Pour payer ses études au conservatoire, il donne des cours de français à des chercheurs du Centre spatial européen. Il vient rapidement à les conseiller, puis des sociétés français et allemandes participant à des projets de recherche commun. A 22 ans, le voilà entrepreneur : il créé CRIFA, cabinet de conseil qui comptera jusqu’à 18 collaborateurs en France et en Allemagne.

Parmi les projets qu’ils conseillent, l’un concerne les matériaux composite avec des applications dans les travaux publics et le génie civil. Ce sujet, il ne le lâchera plus. Il outrepasse son rôle de consultant en amenant des idées d’innovations de rupture et des brevets d’invention. Bernard Hodac a une vision : détourner la fibre optique, alors développée industriellement pour améliorer le processus de transmission d’un signal, pour la faire fonctionner comme un capteur multicritère de son environnement. Ainsi, on pourrait mesurer la stabilité et la santé de n’importe quelle structure, sur n’importel quel terrain, de la maison individuelle à la centrale nucléaire, en passant par les barrages, les stades et les bâtiments historiques.

En imaginant sans but précis ces innovations, il voit vite qu’elles appellent des applications concrètes. Pas découragé par l’ampleur de la tâche, il amène ses clients d’alors à créer une société commune où ses idées pourraient prendre forme. Il revend alors CRIFA à Roland Berger, en 1989, et créé une société pour exploiter deux inventions (parmi la soixantaine qu’il a déposé) : des éléments d’architecture révolutionnaires, qui deviennent très vite utilisées par les plus grands architectes.

C’est grâce à la revente de ces deux activités, en 1997, qu’il pourra financer la commercialisation de la technologie Osmos, le fruit de sa vision. « L’inconfort et la fragilité ont progressés au fur et à mesure que nous vendions. La revente était nécessaire pour survivre, pas pour s’enrichir. » se rappelle-t-il. L’entrepreneur, encore propriétaire de son groupe, réinvestit chaque année ses dividendes dans la R&D, et sort tous les 18 mois une nouvelle technologie de pointe.

Osmos est désormais exploité dans 24 pays, et équipe déjà la Tour Eiffel, le Stade de France, la Sagrada Familia, le Tunnel sous la manche… Encore insuffisant pour cet entrepreneur visionnaire qui voit son invention avec des « applications universelles ». Pour lui, la recherche et l’optimisation de l’existence d’Osmos est « une histoire de position outrepassée et de poupées russes ». A chaque étape de la vie de son entreprise, il a du réinventer son modèle, innover à nouveau. « Il est bon de manquer pour innover : la frugalité et l’adversité sont des moteurs d’innovation » clame-t-il.

Il est désormais en train de tourner ses produits vers le data, puisque ses systèmes produisent beaucoup de données et que cet actif caché permet de créer des modèles, des cartographies des risques et de la prédiction. Il développe aussi la dimension assurantielle de son offre. Recommandé par de grandes assurances, il creuse un nouveau modèle. A l’avenir, il est persuadé que « les mathématiques auront une dimension centrale dans la finalité des mesures d’Osmos. »

S’il a créé le Synnov en 2010, c’est pour poursuivre sa mission de transmission entre les générations mais aussi pour porter un discours sur l’emploi. Bernard Hodac croit que seule l’innovation peut créer un million d’emplois en France. Il croit davantage à des réseaux d’implications créant des conditions favorables aux innovateurs, notamment aux jeunes et aux exclus, dans la phase de fragilité qui précède l’étape où l’innovation devient l’idée-fixe du créateur, qu’à des éco-systèmes créés artificiellement pour « soutenir l’innovation ». Et Bernard Hodac de citer Einstein : « Ce n’est pas que je suis si intelligent, c’est que je reste plus longtemps avec les problèmes. »

Nous avons ensuite échangé sur le micro-crédit, et notamment la structure de ses taux d’intérêt, et sur le chemin initiatique et souvent solitaire du porteur d’innovation, ce Sisyphe heureux. Le point commun sur lequel nous tombons, à minuit passé, d’accord, c’est que les innovations que nous développons, dans nos travaux de recherche ou les entreprises que nous dirigeons, portent tous une « morale », qui a déclenchée notre parcours d’innovation.

Vous pouvez retrouver ce compte-rendu en version enrichie sur https://storify.com/Synnov/dinerhodac

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *