Science et technologies émergentes, retour sur le 24ème rendez-vous de l’innovation

Compte rendu du 24ème rendez-vous de l’innovation

 

Mot d’introduction de Claire Gautier, Directrice Éditoriale des Éditions Diateino 

Le livre de Mélanie Marcel et d’Eloïse Szmatula aborde une problématique très actuelle : où va l’innovation aujourd’hui ? On a parfois le sentiment que l’innovation avance dans une grande sophistication sans forcément se demander si cela contribue au bien de l’humanité et si cela répond à ses enjeux. L’un des atouts de ce livre : découvrir les clés qui permettront de définir le réel impact social de la Recherche afin de l’orienter et de conduire son évolution.

 

Mot d’introduction de Bernard Hodac, Président du Groupe OSMOS et du SYNNOV

L’ouvrage de Mélanie Marcel est non seulement de grande qualité, mais il est surtout très complet car, par son agencement, il ne laisse rien au hasard. La question de la responsabilité en matière de Recherche n’est pas nouvelle : « Sciences sans conscience… » mais je pense qu’il est important aujourd’hui (dans un monde particulièrement multiforme, changeant, mobile) de s’arrêter pour se poser ces questions. Cette problématique pourrait d’ailleurs devenir un thème générique pour le SYNNOV.

 

Conférence de Mélanie Marcel

Ce livre est le résultat d’un travail de deux années mais le sujet qu’il traite m’occupe en réalité depuis plus longtemps. C’est à la fois une invitation à la discussion et à la réflexion, et un résumé de ce que j’ai vécu.

On y trouve de nombreux exemples concrets : 40 études de cas et expériences, de nombreux acteurs interrogés en Europe, en Afrique, aux USA… afin de répondre à certaines questions :

  • Quels sont les rôles et impacts des systèmes de Recherche?
  • Doivent-ils être repensés ?
  • La technologie peut-elle répondre aux enjeux sociaux et environnementaux auxquels le monde est confronté aujourd’hui ?

Selon l’ONU les objectifs à remplir en matière de Développement Durable sont au nombre de 17 (ex : mettre fin à la pauvreté et la faim dans le monde, la santé accessible pour tous…).

Chacun peut tenter de répondre à ces enjeux, mais la Science va avoir un rôle majeur à jouer au regard de certains chiffres particulièrement explicites :

  • Le manque d’eau concerne 40% de la population mondiale. Chiffre en augmentation.
  • 1/3 de la population mondiale est mal nourrie alors même qu’1/3 est en surpoids.
  • En ville, 7 citoyens sur 8 vivent à un niveau de pollution trop élevé.
  • En 2030, 1 personne sur 8 aura plus de 65 ans.

L’objectif prioritaire de la Recherche Responsable sera donc de créer un impact positif. Il existe trois façons de le faire :

  • En créant du bien-être individuel, (la personne)
  • En augmentant le caractère inclusif de nos sociétés, (la société)
  • En créant des conditions de vie soutenables, (l’environnement)

« Recherche et Innovation Responsables » est un terme jeune qui apparaît pour la 1ère fois en 2011 (introduit par la Commission Européenne) et pluriel car l’on peut aussi parler d’innovation inclusive (par l’OCDE), d’innovation frugale, de reverse innovation, grassroot innovation etc…

Quelle que soit sa forme finalement, l’Innovation Responsable concerne tout le monde : institutions, entreprises, entrepreneurs sociaux, associations, citoyens, tous les organismes qui utilisent la science et ses applications. Ce que nous avons voulu dire à tous ces acteurs dans ce livre, c’est qu’ils forment un tout.

Je prends souvent comme exemple la société française Tarkett qui a une politique RSE très efficiente. Cependant, l’objectif d’une politique d’innovation responsable n’est pas de limiter les impacts négatifs d’une production par exemple, mais plutôt de créer des impacts positifs. Dans ce sens Tarkett a décidé de s’attaquer au problème des chutes chez les personnes âgées. La première cause de décès chez les plus de 65 ans sont les chutes.

Tarkett a développé un revêtement connecté appelé « floor in motion » qui repère les chutes et prévient les secours ou les proches de la personne âgée. Tout le monde peut répondre aux problèmes de santé publique et s’intéresser aux enjeux sociétaux. C’est justement cela qui est intéressant et qui permet de :

  • Créer un impact positif,
  • S’ouvrir de nouveaux marchés,
  • S’ouvrir à de nouvelles compétences.

Comment savoir si une innovation est responsable ou pas ? Il n’y a pas vraiment de réponse mais nous avons listé certains critères qui nous paraissent essentiels :

  • la frugalité,
  • la pérennité,
  • la co-création,
  • l’accessibilité,
  • le caractère inclusif,
  • l’éthique et les risques.

Choisir le chemin de l’Innovation Responsable, notamment en industrie, permet donc de se créer de nouvelles opportunités, mais aussi de mobiliser ou remobiliser ses collaborateurs en les reconnectant à leurs aspirations, en redonnant du sens aux missions qu’ils remplissent, en leurs offrant l’opportunité de remettre leur « costume de citoyen ».

Pour saisir cette opportunité, il faut absolument éviter l’entre-soi, or, on se rend compte aujourd’hui qu’il n’est pas toujours aisé de rencontrer en entreprise des interlocuteurs qui se sentent légitimes pour se mettre en action.

Certaines entreprises pourtant bien installées repensent leur mission et leur coeur de métier en fonction: c’est le cas de Toto, une entreprise japonaise spécialiste des WC en céramique. La baisse du coût de la technologie de séquence ADN pourra leur permettre dans un futur proche d’intégrer à ses WC une innovation capable d’analyser les microbiotes pour donner des informations sur l’alimentation ou l’état de santé des utilisateurs. Ainsi, en s’appuyant sur une avancée scientifique, Toto ne se voit plus comme un spécialiste de la céramique mais un acteur de votre santé.

Il s’agit en fait – et on le voit dans le livre avec ces nombreux exemples : viande in-vitro, mayonnaise sans œufs, drones utiles à la reforestation, fabrication de cornes de rhinocéros-, d’un véritable mouvement de fond.

Ces entreprises, qui ont en général une croissance très forte, pourront disrupter celles qui n’auront pas su prendre le chemin de l’Innovation Responsable.

 

Table ronde en présence de :

  • Marianne Julien, Directrice des Écosystèmes Scientifiques chez Air Liquide

Il m’a fallu beaucoup du temps pour faire rayonner autour de moi cette conscience que le business de demain devra avoir un impact positif, sinon, ce ne sera tout simplement pas du business. Nous sommes face à un enjeu de discernement : qu’est-ce qui est bon pour l’homme et pour la planète ? Et ce qui est intéressant c’est le débat sur le terrain avec des gens dits « ordinaires ». Les « experts » doivent dialoguer avec les citoyens. Je crois beaucoup aux sciences humaines. Une innovation qui ne crée pas d’impacts positifs aujourd’hui est une innovation en danger.

 

  • Sarah Marniesse, Directrice Mobilisation de la Recherche et de l’Innovation à l’Institut de Recherche pour le Développement

La science et l’innovation sont les leviers essentiels dans notre agenda Développement Durable. Nous étions avant dans une logique de valorisation économique (protection et vente) ; nous passons aujourd’hui à une logique d’ouverture pour aller encore plus loin dans l’invention de solutions, en mettant le chercheur au contact de ses partenaires. Nous avons donc tout simplement changé notre façon de chercher. Cependant je crois que ce qui reste essentiel est l’impact et que nous devons garder la maîtrise du produit.

 

  • Laure Magro, Chargée de mission sur les matériaux bio-inspirés au Centre Européen d’Excellence en Biomimétisme de Senlis

 Tout part généralement d’une volonté individuelle et se prolonge par l’échange et le partage ; nous allons voir les entreprises pour leur montrer ce que nous faisons, comment nous partons du vivant, comment nous innovons en nous inspirant de la nature. Il faut donc au départ une conscience, puis une volonté, et après… s’emparer des sujets, en discuter, se poser des questions ensemble, remettre la société au cœur des processus de recherche pour se demander :

  • Qui on impacte ?
  • Comment on impacte ?
  • Est-ce que c’est vraiment cela que l’on fait ?

 

Même si certaines écoles d’ingénieurs commencent à s’intéresser au sujet, la problématique de l’Innovation Responsable n’est pas encore enseignée ou/et réellement débattue dans les universités françaises. Cette thématique n’a pas été (du tout) abordée pendant la campagne présidentielle. Mais contrairement à ce qu’il s’est passé il y a 60 ans avec le nucléaire, nous disposons aujourd’hui de nombreux outils pour « faire savoir ». La question la plus importante peut-être reste celle du financement car les chercheurs auraient a minima besoin d’incitations ; à l’heure actuelle, notre capacité à imaginer le futur n’est vraiment pas encouragée. Si la France et l’Europe décidaient de s’emparer de cette question, nous pourrions, avec notre conscience et notre maîtrise des enjeux complexes, devenir vraiment les leaders mondiaux de l’Innovation Responsable. Il y a aujourd’hui une belle et grande place à prendre.

 

 

Un grand merci à nos intervenants de grande qualité !

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